L' Héraion d' Argos

On peut atteindre l’ Héraion soit depuis Mycènes par la nouvelle route nationale, soit depuis Argos en passant par Néo Héraion ou Chonika. Au centre du village est conservée une église byzantine vouée a la Dormition de la Vierge (Koimissis tis Théotokou), qui date d’ avant 1144. Considérée comme l’ une des mieux conservées des églises de l’ époque des Comnènes, elle faisait partie d’ un complexe monastique qui se trouvait a l’ emplacement du village actuel.

L’ Héraion, sanctuaire de la déesse Héra protectrice de la cité-Etat d’ Argos, était le centre religieux officiel de la ville, bien qu’il en soit distant de 8 km. Le célèbre sanctuaire de la déesse est construit au pied Sud de la chaîne de montagnes d’ Euboia (aujourd’hui Aétovouno), juste audessous de son sommet le plus élevé, Akraia. A l’Ouest, cette petite butte est bordée par un torrent baptisé «Éleuthéron Hydor» (aujourd’hui Réma tou Kastrou), que les prêtres de la déesse utilisaient pour se purifier. A l’Est de la butte, Glykeia, l’ ancien Astérion, était, d’ après la tradition, l’ une des sept rivières-juges qui offrirent a Héra la protection d’ Argos lorsqu’elle affronta Poséidon et que la colère du dieu transforma en torrents.

Le site fut découvert par le général Gordon en 1831 et exploré plus tard par Bursian et Rangabé (1854), Schliemann et Stamakis qui fouilla la tombe a tholos (1878). Les fouilles systématiques de l’Ecole américaine d’Etudes classiques (Waldstein: 1892-1895, Blegen: 1925-1928) et effectuées plus tard en collaboration par l’Ecole américaine et l’Ecole française d’Athènes (Caskey-Amandry: 1947-1949) ont prouvé que l’Héraion d’Argos fut bâti sur l’ emplacement de la Prosymna mycénienne dont l’acropole se trouvait a l’endroit ou le temple fut érigé.

L’utilisation du site remonte au IIIe millénaire av. J.-C., mais les premiers vestiges importants – la tombe a tholos au lieu-dit Asprochoma et le cimetière des tombes a chambre a l’Ouest du Rema tou Kastrou – datent de l’époque mycénienne (XVe - XIIIe   s. av. J.-C.). Le secteur de l’Héraion était relié a Mycènes par une route importante dont le tracé est reconnaissable aux ponts qui sont conservés.

C’est a l’ époque historique, et déjà au VIIIe s. av. J.-C., sur un site vénérable a l’ époque mycénienne, que se développe le sanctuaire d’Héra que les Argiens, désireux de contrôler la région, proposent comme centre d’ une Amphictyonie des cités de la plaine d’Argolide. Dès lors, la cité d’Argos est reliée au sanctuaire par une route de 8 km de long. A partir du VIIIe s. av. J.-C., Héra devient la protectrice de la cité d’Argos et c’est alors qu’est construit son premier temple a l’Héraion. L’ importance du sanctuaire, non seulement pour la cité mais pour la Grèce tout entière, croit sans cesse, tandis que le calendrier local est base sur la liste chronologique des prêtres de l’Héraion. A l’Héraion, le culte de la déesse devait comporter des mystères et être lié a la déesse mycénienne de la nature qui bénit l’ abondance.

La grane période du sanctuaire est le Ve s. av. J.-C., mais le site fonctionne sans discontinuer jusqu’a l’époque romaine tardive, comme le confirme le périégetè Pausanias (IIe s. apr. J.-C.).

 

Le site archéologique

Le sanctuaire d’Héra est aménagé sur deux plates-formes successives, de hauteur inégale. La montée se fait depuis le Sud, par un escalier monumental qui, avec le mur de soutènement a l’Est, fonctionne comme un gigantesque appui pour la première terasse. A l’Ouest, a mi-hauteur du grand escalier, un portique dorique a colonnade double (salle d’attente) a été construit. De la et de l’escalier monumental, les pèlerins devaient suivre la procession venant d’ Argos, le jour ou l’on fêtait les «Hékatombaia». La plate-forme, le portique et l’escalier remontent au Ve s. av. J.-C.

C’est au centre de la première plate-forme, que fut édifié, en 420 av. J.-C., sur des plans de l’ architecte argien Eupolémos, le nouveau temple de la déesse, une construction dorique a péristyle, en tuf, avec 6x12 colonnes, qui comprenait un pronaos, une cella et un opisthodome. Dans la cella se dressait la statue chryséléphantine d’Héra, œuvre du sculpteur argien Polyclète. A côté, il y avait la statue chryséléphantine de sa fille, Hébé œuvre du sculpteur argien Naukydès et un xoanon de la déesse que les Argiens apportèrent de Tirynthe, en 468 av. J.-C., lorsqu’ ils détruisirent la cité. A l’Est du temple fut bâti, a l’ époque hellénistique, un autel rectangulaire oblong. Encore plus a l’Est on aménagea, au milieu du Ve s. av. J.- C., une salle hypostyle divisée en quatre nefs, qui évoque le Téléstrion d’Eleusis. A l’Ouest de la première plate-forme, fondé a l’endroit le plus bas, a l’ extérieur du mur de soutènement du temple, il y a un édifice antérieur. Rectangulaire, avec une cour centrale et trois pièces équipées de lits et de tables, c’ était visiblement un bâtiment pour des banquets. Au Nord de celui-ci s’étendait un autre portique du Ve s. av. J.-C., avec une grande esplanade en façade. Le long du cote Nord de la première plateforme, se déploie un complexe qui, avec le bâtiment destine aux banquets, fait partie du plus ancien temple archaïque.

La plate-forme supérieure de 56 x 34 m, taillée dans le rocher pour une partie et soutenue par un gigantesque mur de soutènement cyclopéen, était la terrasse du temple antérieur. Deux protiques du début du VIe s. av. J.-C. ont été bâtis a l’ extrémité du mur de soutènement. L’ ancien temple est l’un des premiers temples périptères du début VIIIe s. av. J.-C., qui fut détruit par un incendie en 423 av. J.-C. suite a la négligence de la prêtresse Chryséide.

L’Héraion resta très fréquenté jusqu'à l’ époque romaine. A l’Ouest du sanctuaire gisent deux bâtiments de cette époque. Celui du Sud, en L, est un Gymnase, l’autre, un Bain. Le site fut gardé comme une ruine vénérable par les Argiens jusqu'à l’ époque de Pausanias.